La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne, mais a signé les Accords bilatéraux avec l'UE qui régissent la libre circulation des personnes. Pour les escorts étrangères, la situation juridique varie considérablement selon la nationalité. Ce guide détaille les règles applicables pour chaque profil.
Ressortissantes UE/AELE : la situation la plus favorable
Les citoyennes des pays membres de l'Union européenne (ainsi que de Norvège, Islande et Liechtenstein membres de l'AELE) bénéficient de la libre circulation des personnes en Suisse grâce aux Accords bilatéraux I.
Séjour de courte durée (jusqu'à 90 jours)
Une ressortissante UE/AELE peut séjourner en Suisse jusqu'à 90 jours sur une période de 180 jours sans autorisation préalable. Durant ce séjour, elle peut légalement exercer une activité lucrative indépendante — dont le travail du sexe — sans permis de travail spécifique, à condition :
- De détenir un document d'identité valide (passeport ou carte d'identité nationale selon les pays)
- De respecter les réglementations cantonales en vigueur (enregistrement à Genève, Vaud...)
- De ne pas dépasser 90 jours de présence sur 180 jours
Important : dès le premier jour d'exercice d'une activité lucrative, les revenus sont imposables en Suisse. La retenue à la source est appliquée dans certains cantons.
Séjour de longue durée (plus de 90 jours)
Pour un séjour et une activité dépassant 90 jours, une ressortissante UE doit s'annoncer auprès du contrôle des habitants de sa commune de résidence et demander un permis B UE/AELE (autorisation de séjour pour indépendantes). Ce permis est délivré sur présentation :
- D'un passeport/carte d'identité valide
- D'une preuve d'activité indépendante (inscription au registre du commerce non requise pour le travail du sexe)
- D'une assurance maladie LAMal valide
- D'un logement stable (contrat de bail ou preuve de domicile)
Le permis B est renouvelable annuellement et donne accès au système de sécurité sociale suisse (AVS, AI).
Ressortissantes hors-UE : une situation plus complexe
Pour les citoyennes de pays non membres de l'UE/AELE (Brésil, Colombie, Thaïlande, Russie, Ukraine, Maroc, Philippines, etc.), les règles sont nettement plus restrictives.
Visa Schengen / touriste (90 jours)
La Suisse est membre de l'espace Schengen. Un visa Schengen de court séjour (type C) permet en théorie d'entrer et de séjourner en Suisse jusqu'à 90 jours. Cependant, un visa touriste n'autorise pas l'exercice d'une activité lucrative, y compris le travail du sexe.
Exercer une activité payante avec un visa touriste constitue une infraction à la LEI (Loi sur les étrangers et l'intégration) et peut entraîner :
- Une expulsion du territoire suisse
- Une interdiction d'entrée dans l'espace Schengen (jusqu'à 5 ans)
- Des poursuites pénales dans certains cas
Le visa de courte durée pour travailleuses du sexe : mythe ou réalité ?
Contrairement à certaines idées reçues, la Suisse ne délivre pas de visa spécifique pour le travail du sexe à destination des ressortissantes hors-UE. Le seul cadre légal pour exercer légalement en Suisse est :
- Obtenir un permis de séjour et de travail régulier (difficile pour le travail du sexe hors-UE)
- Contracter un mariage ou un partenariat enregistré avec un(e) résident(e) suisse (permis F ou B de regroupement familial)
- Disposer d'un titre de séjour pour réfugié ou demandeur d'asile (avec restrictions)
Pays bénéficiant d'accords bilatéraux spécifiques
Certains pays ont des accords particuliers avec la Suisse :
- Ukraine (depuis 2022) : statut de protection S accordé massivement, autorisant le travail en Suisse, y compris de manière indépendante.
- Royaume-Uni (post-Brexit) : accord bilatéral maintenant les droits des ressortissantes britanniques déjà établies en Suisse avant le 31/12/2020.
L'enregistrement cantonal : une étape clé
Quelle que soit la nationalité, les cantons qui ont légiféré sur le travail du sexe (Genève, Vaud, etc.) exigent un enregistrement des travailleuses du sexe. Cette démarche est :
- Confidentielle : les informations ne sont pas partagées avec les services fiscaux automatiquement ni avec les ambassades
- Protectrice : elle permet d'accéder aux services de santé et de signaler des abus
- Obligatoire : ne pas s'enregistrer dans les cantons où c'est requis constitue une infraction administrative
Les ressources et associations pour les escorts étrangères
Plusieurs organisations suisses proposent une aide spécifique aux travailleuses du sexe étrangères :
- PINK (Zurich) : permanence pour les travailleuses du sexe migrantes, conseils juridiques et soutien en plusieurs langues
- Aspasie (Genève) : aide juridique et accompagnement, notamment pour les situations de précarité administrative
- MigrantSex (national) : réseau d'information pour les travailleuses du sexe migrantes en Suisse
- Bureau cantonal pour l'intégration : dans chaque canton, aide à la compréhension du droit au séjour
Conseils pratiques pour les escorts de passage
Pour les escorts UE qui visitent la Suisse régulièrement en courtes périodes :
- Conservez les preuves de vos passages à la frontière (billets de train, confirmations d'hôtel)
- Ne dépassez pas 90 jours sur 180 de présence effective en Suisse
- Déclarez vos revenus dans votre pays de résidence habituel (obligations fiscales croisées)
- Souscrivez une assurance responsabilité civile valable en Suisse
- Informez-vous auprès de l'association cantonale locale dès votre arrivée